En matière d’urbanisme, il est précieux de pouvoir faire appel à un acteur extérieur à la commune
20/02/2026 Architecture
En cette fin de mandat municipal, le CAUE a fait le choix de retrouver des élus qu’il a eu l’occasion d’épauler ces dernières années. D’ici les élections de mars 2026, vous trouverez chaque mois dans notre newsletter une interview d’un ou d’une élue iséroise racontant cette collaboration, l’occasion de rendre compte des enjeux auxquels les élus locaux sont confrontés concernant les projets d’aménagement.
Pour ce sixième portrait, nous avons retrouvé Dominique Uni, maire de la commune de Saint-Vérand, commune de 1700 habitants qui jouxte Saint-Marcellin.
Dominique Uni a derrière elle trois mandats d’élue municipale : « Je suis entrée dans le conseil municipal après les élections de 2008. A ce moment-là, j’allais être à la retraite, et je suis allée proposer mes services à la personne qui voulait être maire. Je me disais que c’était une bonne manière de continuer à être active. En 2014, lors du mandat suivant, je suis devenue adjointe à l’enfance, jeunesse et à l’éducation. Comme j’avais été institutrice auparavant, c’était un peu dans la continuité de mon expertise ».
Pour la fonction de maire, là encore, Dominique Uni a su prendre les devants : « En 2020 mon prédécesseur avait décidé d’arrêter son mandat. Personne dans l’équipe sortante n’était intéressé pour occuper la place de maire, alors j’ai levé la main en disant ‘’si tout le monde est d’accord, moi je veux bien y aller’’. Les choses se sont faites simplement et collectivement ».
Les questions liées à l’urbanisme et au cadre de vie n’étaient pas familières à Dominique Uni : « jusqu’en 2020, cela ne faisait pas partie de mes délégations, donc je suivais ces sujets de loin. Depuis 2020, et mon mandat de maire, c’est bien sûr différent ». Au sein de la commune, une gouvernance particulière s’est mise en place sur ces questions : « mon adjoint à l’urbanisme a des compétences que je n’ai pas, de ce fait, nous nous sommes organisés pour qu’il détienne la délégation de ma signature concernant les autorisations d’urbanisme ».
Par ailleurs, les questions liées au cadre de vie sont discutées dans un cadre plus global : « Nous avons réorganisé en 2020 la commission urbanisme, qui se réunit tous les quinze jours. Nous balayons collectivement toutes les demandes d’autorisation d’urbanisme, et nous échangeons durant la commission sur les enjeux liés à l’élaboration du PLUi de Saint-Marcellin-Vercors-Isère Communauté, qui a démarré en 2020. La commission réunit huit élus, soit près de la moitié du conseil municipal. L’urbanisme est un sujet qui intéresse du monde ! ».
Dominique Uni avait eu un premier contact avec le CAUE, « mais d’un peu loin » lors de son premier mandat. « Le CAUE avait accompagné la commune pour penser l’évolution de la mairie et des espaces publics voisins. Cette démarche avait donné lieu avec le CAUE au lancement d’une étude de programmation, qui nous a permis par la suite de recruter un maître d’œuvre et de terminer cette requalification en 2015 ».
C’est durant ce dernier mandat que les contacts avec le CAUE ont été pour elle plus approfondis : « Nous avons sollicité le CAUE à nouveau en 2023, sur une proposition de mon adjoint à l’urbanisme, en lien avec l’élaboration du PLUi sur notre intercommunalité. L’élaboration d’un PLUi est une démarche collective, et nous, en tant que commune, nous n’en maîtrisons pas le calendrier. Nous sentions que des questions importantes allaient très vite arriver concernant le nouveau zonage sur notre commune, les OAP, et nous avons désirés être pro-actifs ».
L’échange entre la commune et le CAUE a permis de clarifier le besoin des élus : « Il était important pour nous d’avoir un intervenant extérieur, qui aide les élus à comprendre les enjeux du futur PLUi, et ses conséquences en termes de développement pour la commune. La législation nous demandait, à l’échelle du PLUi, de diviser par deux nos surfaces urbanisables. En passant du POS (plan d’occupation des sols) à notre PLU communal, nous étions déjà passés de trente à neuf hectares constructibles. Avec le PLUi actuel, nous aurons à Saint-Vérand cinq hectares constructibles. La sobriété foncière implique de changer de logique, prioriser des secteurs de développement. Ce n’est pas forcément évident, pour les élus qui suivent cela de loin, de comprendre de quoi il en retourne ».
Résumant les attentes de la commune, Dominique Uni explique : « Ce qui était important pour nous, c’est qu’au sein du conseil municipal, tout le monde comprenne le cadre dans lequel la commune avait à prendre des décisions, les choses qui s’imposaient à elle d’une certaine façon. Donc nous avons sollicité d’abord le CAUE sur un aspect un peu pédagogique. Et puis, il fallait surtout que le conseil municipal partage une vision du futur de la commune, vision que nous allions défendre ensuite dans l’élaboration du PLUi. La localisation des secteurs de développement, les derniers endroits urbanisables de la commune, cela induit un choix politique, et c’est ce choix politique qu’il fallait que nous arbitrions collectivement au sein du conseil municipal. Le CAUE nous a donc également accompagné sous une forme d’aide à la décision sur cet aspect-là ».
De manière concrète, l’accompagnement du CAUE a reposé sur trois temps d’ateliers menés avec les élus du conseil municipal : « Le premier atelier a été l’occasion d’expliquer la démarche et cadrer collectivement les critères de décision pour les périmètres de développement sur la commune. Le deuxième atelier a permis de hiérarchiser les secteurs identifiés, et d’en rediscuter la pertinence. Le troisième atelier a permis de confronter les secteurs identifiés au regard de ce que le PLUi nous permettait en termes de surfaces urbanisables, et d’acter un arbitrage final, qui permettait notamment de préfigurer le travail sur nos futures OAP ».
La commune ne partait néanmoins pas d’une page blanche : « Lors du précédent mandat, l’équipe municipal s’était déjà positionnée pour un développement de la commune centrée sur le centre-bourg. Cette ligne politique nous restait en tête, ce qui a fait qu’il n’y a pas eu de gros clivages entre les élus lors des ateliers sur les secteurs à ouvrir à l’urbanisation. Les débats ont plutôt porté sur les formes de densité à mettre en œuvre de ces secteurs, la hauteur des constructions, etc ».
La démarche a permis au conseil municipal de néanmoins réinterroger certains invariants : « Ce qui est ressorti, et qui est je trouve intéressant, c’est que le conseil municipal s’est positionné pour conserver un poumon vert en centre-village, en gardant la coupure verte qui sépare le centre-bourg de Saint-Marcellin. Conserver la silhouette du village, pour nous élus c’est aussi conserver notre identité. Et c’est un secteur qui par le passé avait été constructible. Certains élus pensaient au départ ouvrir à nouveau ce secteur à l’urbanisation. Les ateliers ont permis de clore cette question ».
Dominique Uni résume, rétrospectivement, l’intérêt pour la commune selon elle d’avoir eu à solliciter le CAUE : « Tout d’abord, j’ai trouvé cet accompagnement très intéressant, et très concret. C’était une condition à mon avis pour obtenir l’attention et l’intérêt des élus participants. Mais ce qui était important, c’est qu’avec quelqu’un d’extérieur, l’écoute des membres du conseil municipal était différente. En matière d’urbanisme, il est précieux de pouvoir faire appel à un acteur extérieur à la commune et à l‘intercommunalité, car cette thématique est sensible, peut confronter les élus à leurs intérêts privés ».
« Par ailleurs, dans l’organisation des ateliers, le CAUE a su rendre les participants actifs. Cela a permis de mettre plus en retrait les élus habituellement mobilisés sur ces questions. Puisque des critères de priorisation avaient été définis collectivement, qu’ils n’avaient pas été choisis par un seul élu référent, il a été relativement facile d’effectuer les derniers arbitrages pour choisir les terrains urbanisables ».
Les échanges entre la commune et le CAUE se poursuivent régulièrement à travers l’action de l’architecte conseillère du CAUE : « Nous incitons les pétitionnaires à la rencontrer chaque fois que nous le jugeons nécessaire. Son avis, qui est neutre, nous permet aussi nous élus de construire notre opinion sur certaines demandes, puisque nous sommes également destinataires des avis formulés. L’architecte-conseillère est une interlocutrice intéressante pour nous concernant des sujets techniques pour lesquels son expertise est précieuse. Nous avons par exemple récemment échangé avec elle sur les tuiles à conseiller sur du bâti ancien. Nous avons été sollicités par un pétitionnaire qui nous proposait une solution en matière de tuiles que nous jugions pertinentes, mais qui n’était pas complètement conforme au règlement de notre PLU. Son avis nous a permis de clarifier ce point. L’urbanisme nous amène nous élus à devoir constamment affiner et actualiser nos attentes ».
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