En matière d’urbanisme, il nous faut mieux prendre en compte le changement climatique
27/01/2026 Urbanisme
En cette fin de mandat municipal, le CAUE a fait le choix de retrouver des élus qu’il a eu l’occasion d’épauler ces dernières années. D’ici les élections de mars 2026, vous trouverez chaque mois dans notre newsletter une interview d’un ou d’une élue iséroise racontant cette collaboration, l’occasion de rendre compte des enjeux auxquels les élus locaux sont confrontés concernant les projets d’aménagement.
Pour ce cinquième portrait, nous avons retrouvé Pascale Rigault, maire de la commune de Veurey-Voroize.
Veurey-Voroize est un village de 1400 habitants, niché entre les contreforts du Vercors et la vallée de l’Isère. La commune, située à une extrémité de Grenoble-Alpes Métropole, a une position stratégique très proche de l’autoroute qui, en lien avec la qualité de son cadre de vie, participe à son dynamisme.
Pascale Rigault achève actuellement son deuxième mandat municipal dans la commune : « Je suis devenue maire après avoir été adjointe à la solidarité entre 2014 et 2020. En 2020, mon prédécesseur arrêtait et voulait passer la main, il m’a proposé le mandat, et ça s’est passé assez simplement ».
Parcours typique, son entrée dans le conseil municipal a été la suite d’un engagement plus large dans la vie de la commune : « Avant 2014, j’étais investie dans beaucoup d’associations, donc j’étais un peu connue. Il s’agit du réseau classique qu’on utilise pour recruter dans les équipes municipales. Les gens qui s’investissent dans les associations, ils montrent qu’ils savent s’investir dans la vie communale ».
Cette commune, Pascale Rigault y est engagée depuis plus de trente ans : « Je suis bretonne d’origine, et je suis arrivée ici en suivant mon mari qui a trouvé du travail dans la région. Nous cherchions à faire construire notre maison, et c’est en visitant Veurey que j’ai eu le coup de foudre, la vue sur la Chartreuse était magnifique ! Et je voyais également la proximité du centre-village, pour les enfants avec l’école, etc. Je me disais que la vie pouvait vraiment être agréable ici ».
Les questions liées à l’aménagement du territoire n’ont concerné Pascale Rigault que lorsqu’elle est devenue maire : « Professionnellement, je ne connaissais pas du tout les questions d’aménagement et d’urbanisme. Et même durant mon premier mandat d’adjointe, j’en étais très éloignée. Quand je suis devenue maire, j’ai décidé d’intégrer la commission urbanisme et je me suis appuyée sur mon adjoint pour mieux maîtriser cet enjeu. Quand les gens viennent poser des questions sur l’urbanisme, ils s’adressent au maire, ils ne s’adressent pas à l’élu en charge de l’urbanisme. Nous avons donc décidé avec mon adjoint de les recevoir ensemble, de manière que chacun tienne son rôle. Mais l’esprit de notre équipe municipale, c’est que le maire ne chapeaute pas tout ».
Elle poursuit : « Bien sûr, c’est moi à qui incombe la signature des demandes d’autorisation d’urbanisme, mais cela se fait en concertation avec mes collègues de la commission urbanisme, qui rassemble cinq élus et notre DGS. La décision est le fruit d’une réflexion collective. Nous instruisons les demandes en interne. Nous avons une secrétaire de mairie qui se charge exclusivement de cette tâche, ainsi que de la communication municipale. Peut-être que le jour où elle partira à la retraite, dans quelques années, on adhèrera au service instructeur de la Métropole, mais pour le moment ce système nous convient. Nous tenons à ce que le conseil municipal conserve une implication forte dans l’instruction ».
En intégrant le conseil municipal, Pascale Rigault découvre peu à peu le partenariat déjà important entre son village et le CAUE : « La commune a commencé à travailler avec le CAUE lors du mandat 2008-2014, en premier lieu pour finaliser des cahiers des charges. Nous avions des compétences en interne pour rédiger des marchés, mais le CAUE nous a accompagné plusieurs fois pour corriger nos pièces et organiser les consultations, en cadrant les choix de prestataires. Le premier accompagnement du CAUE a concerné la restructuration de la mairie, pour désigner notre maitre d’œuvre. Nous avions besoin d’un partenaire neutre pour nous aider à choisir cette équipe, et c’est comme cela que nous sommes allés toquer à la porte du CAUE. C’est une aide qui était vraiment importante ».
« Par la suite, lors du mandat 2014-2020, le CAUE nous a accompagné sur l’évolution de l’école, qui a donné lieu à une restructuration importante du pôle scolaire. Par ailleurs, nous avons également initié la création de logements communaux dans l’ancienne cure, et là encore, le CAUE a été à nos côtés. Il nous accompagne actuellement sur deux projets, dont l’un concerne notre espace polyvalent autour de la garderie et du restaurant scolaire, avec l’idée d’y créer une crèche intercommunale avec Noyarey. Et puis il y a eu l’accompagnement particulier concernant la sécurisation de la Tour dite des Templiers, un bâtiment à forte valeur patrimoniale. Il nous fallait recruter un architecte du patrimoine car la tour est protégée au titre des Monuments historiques ».
Les rapports directs entre Pascale Rigault et le CAUE sont assez récents : « J’ai rencontré plus clairement le CAUE en 2024 lorsqu’il nous a accompagné sur des temps de sensibilisation à la qualité de notre cadre de vie. Le CAUE a piloté une démarche partenariale, qui réunissait des élus de la commune, mais aussi des partenaires comme les services de la Métropole et l’Agence d’urbanisme, afin de réfléchir aux singularités du cadre de vie de Veurey-Voroize. L’objectif était d’identifier ce qui en faisait la qualité, et comment la commune pouvait préserver ces éléments. Le CAUE a notamment organisé une balade urbaine pour partager ces éléments de diagnostic. C’est un sujet qui demeure important, car nous avons l’impression que certaines formes de densification sur la commune ne sont pas toujours adéquates ».
Si les partenariats avec le CAUE ont été si nombreux, c’est parce que le village bénéficie d’un contexte assez favorable : « Nous pouvons nous permettre tous ces projets, parce que sommes plutôt chanceux en termes de moyens. Nous avons la particularité sur notre commune d’avoir plus d’emplois que d’habitants, avec une zone d’activités très dynamique, qui nous permet, via la Métropole, de recevoir des subsides. Notre population continue également d’augmenter, nous avons dû d’ailleurs ouvrir une nouvelle classe dans l’école et agrandir la crèche, ce qui est bien différent du contexte national. C’est une chance. Nous avons aussi beaucoup d’associations, des médecins, puisque nous avons créé une maison médicale. Pour nous, ces projets permettent d’accompagner cette dynamique et offrir des services, pour que les gens restent ».
Les accompagnements du CAUE ont finalement permis au conseil municipal de mettre en musique une certaine ambition pour la commune : « Notre volonté politique, c’est que la vie sur la commune reste dynamique et agréable, et pas que Veurey-Voroize devienne une commune-dortoir. J’ai encore croisé des jeunes récemment qui m’ont dit qu’ils devaient quitter la commune pour faire construire une maison plus grande, mais en fin de compte ils se sont aperçus qu’ils n’auraient pas forcément de places en crèche et de médecins à proximité, donc ils préfèrent rester dans leur petite maison à Veurey. Et je me dis que c’est ce type de retours qui montre qu’on a raison de faire des projets pour que tout le monde se sente à sa place dans la commune ».
Résumant l’action du CAUE, Pascale Rigault déclare : « Pour moi, le CAUE c’est d’abord de très bons conseils et un accompagnement complet. C’est aussi un regard extérieur précieux. Je repense à la dernière réunion concernant le devenir de notre espace polyvalent. Nous avons tendance, nous élus, à déjà nous orienter vers certains aménagements qui nous paraissent évident, alors que le CAUE nous amène à regarder plus larges, à voir les choses autrement. Nous sommes un peu la tête dans le guidon, et ce regard extérieur nous stimule beaucoup. Je dirais finalement que le CAUE c’est un support pour pouvoir décider, et bien décider. C’est d’autant plus important pour une petite commune comme la nôtre, car nous avons peu de services internes ».
Depuis plusieurs années, Veurey-Voroize a par ailleurs désigné une architecte-conseillère membre du réseau du CAUE, pour conseiller les pétitionnaires : « Ce n’est pas toujours simple, parce qu’assez souvent, les personnes qui viennent avec un projet ont quasiment finalisé leur démarche. Les évolutions sont moins simples à mettre en œuvre, donc nous communiquons sur le fait qu’il faut aller très tôt dans sa réflexion demander des conseils. L’architecte-conseillère reçoit le gens de manière neutre. C’est une tierce personne qui n’est pas la commune, et il me semble que c’est une forme de médiation positive, l’instruction des demandes d’autorisation d’urbanisme est un sujet évidemment sensible».
Pascale Rigault raconte d’ailleurs : « Le sujet du moment concerne les clôtures. Nous avons régulièrement de jeunes ménages qui viennent de faire construire leur maison, et comme la clôture n’est pas intégrée dans le budget de départ de leur projet, ils terminent leur maison sans avoir prévu cette dépense. Ils vont en magasin de bricolage, et ce qu’il y a de moins cher, ce sont des clôtures horizontales, alors que notre règlement impose des clôtures verticales. Comme ces ménages ont tendance à déposer leur DP après avoir effectué les travaux, nous nous retrouvons à gérer des situations pas simples. Humainement, je trouve que la police de l’urbanisme ce n’est pas évident ».
En matière de cadre de vie, l’actualité de la commune porte beaucoup sur l’adaptation aux différentes conséquences du dérèglement climatique, confrontée par ailleurs à des pratiques nouvelles de certains habitants : « La loi ALUR a supprimé le COS, et ça a permis beaucoup de divisions parcellaires. Nous sommes passés de maisons sur des parcelles de 1500m2 dans les années 1980, à des maisons sur 600m2 aujourd’hui. Les ménages ne désirent plus vraiment de jardin ou de pelouse à entretenir, mais ‘’simplement’’ une piscine. Ça génère une plus grande imperméabilisation des sols de la commune, qui est urbanisée en coteau. On voit bien qu’avant, le coteau absorbait mieux les pluies, parce qu’il y avait encore des champs, des jardins, et sans doute que les épisodes étaient moins extrêmes. Avec le changement climatique, les pluies diluviennes mènent à des écoulements de terrain, c’est très très problématique ».
L’été est désormais également une période critique : « Les épisodes de canicule sont encore plus difficiles qu’avant. Nous déclenchons maintenant le plan canicule tous les étés, et les risques d’incendies sur plus prégnants. Nous travaillons beaucoup avec l’ONF pour réaliser les débroussaillements sur le domaine communal. Mais pour nos habitants ce n’est pas évident. Je pense à une dame qui vit seule dans sa maison, avec des problèmes de santé, et à qui l’ONF a demandé de débroussailler les 50 mètres en bordure de sa propriété. Elle ne sait pas comment s’y prendre. Nos habitants sont confrontés à des changements qui les dépassent. En matière d’urbanisme, il nous faut désormais mieux prendre en compte le changement climatique, car tout va très vite ».
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